
Les écrans sont omniprésents et influent sur notre vie quotidienne, notamment en ce qui concerne les compétences psychosociales de nos élèves. Cela pose constamment de nouveaux défis pour la communauté éducative. Ici, nous vous proposons (éducateurs, enseignants et intervenants en Éducation aux Médias et à l’Information auprès d’un public scolaire) de lier deux champs, souvent traités séparément, afin de répondre à cette question : comment l’EMI intègre-t-elle le bien-être des enfants et adolescents et notamment leur santé mentale, dans le cadre institutionnel de l’école ?
Florence Bellot, Delphine Courmaire, Karine Guittard, Thibaut Mériau
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Quelques éléments de définition
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Faire en sorte que la génération 2037 soit la première à grandir dans un environnement continu de soutien au développement des compétences psychosociales »
Santé Publique France
Les CPS
L’EMI
Les compétences psychosociales (CPS), dénomination anglaise de « life skills », littéralement « compétences de vie », désignent les aptitudes qu’une personne mobilise pour faire face aux exigences de la vie quotidienne et prendre part opportunément à la vie sociale. Ces compétences (telles que l’empathie, la régulation de ses émotions, la capacité d’adaptation ou à communiquer efficacement…) ont pour objectifs d’améliorer les relations à soi, aux autres et aux apprentissages. Elles entrent donc particulièrement en résonance avec le cadre scolaire. Les trois grandes catégories de CPS sont les compétences cognitives, les compétences émotionnelles et les compétences sociales.
L’Éducation aux médias et à l’information (EMI) n’est pas à proprement parler un objet ; elle vise à éclairer le paysage informationnel dans lequel évoluent les élèves – enfants, adolescents, jeunes adultes –. Cela concerne tout d’abord leurs relations au monde de l’école, leurs relations interpersonnelles ou sociales. Cela englobe aussi leur ouverture au monde des adultes chargés de les accueillir. Comme une « éducation à », l’EMI tisse un ensemble de compétences relatives à la maîtrise des médias et une conduite, une éthique comportementale et intellectuelle. Celles-ci forment le contexte d’un usage réfléchi et responsable de ces médias et supports d’information, de leur exploitation habile et de leur évaluation critique.

En France, le développement des CPS des jeunes s’est progressivement imposé comme une priorité dans les politiques publiques pour l’intégrer dans tous les milieux de vie et au sein de tous les apprentissages. L’enjeu est de permettre aux générations d’aujourd’hui et de demain de mieux réguler leurs émotions, vivre ensemble et prendre des décisions éclairées. Les CPS ont en commun de désigner des compétences non disciplinaires utiles dans les relations à soi et aux autres, transversales et transférables.

Pourquoi et comment articuler CPS et EMI ?

Côté élève
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Le monde numérique ne peut pas être considéré comme un simple outil, mais doit être envisagé comme essentiel à la vie sociale et au travail des jeunes. Les pratiques numériques définissent même des normes sociales. Et les jeunes ont besoin d’adultes de référence pendant la construction de cette pratique numérique, qui ne doit donc pas rester aux portes de l’école. Les compétences numériques se croisent avec plusieurs compétences psychosociales, dans de nombreuses situations. Par exemple :
- Prendre des décisions constructives face aux mécanismes de rétention de l’information.
- Apprendre par soi-même sur internet : gérer les problèmes rencontrés, par soi-même ou en sachant demander de l’aide…
- Réguler ses émotions dans sa pratique des jeux vidéo. Frustration, colère, déception… peuvent se réguler en collectif, avec des interlocuteurs qu’on connaît uniquement dans le cadre du jeu en ligne … ou dans son environnement physique avec les camarades de classe par exemple.

Côté enseignant
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En classe, simplement mobiliser ses compétences psychosociales n’est pas synonyme de les développer. En effet, si elles ne sont pas clairement définies, si elles sont implicites, elles ne pourront pas être travaillées et réfléchies.
Connaissez-vous la Pédagogie SAFE ?
Séquencée, Active, Focalisée et Explicitement enseignée. Santé Publique France préconise de mettre en place des séances pédagogiques liées aux compétences psychosociales efficaces en suivant ces recommandations :
- Définir les compétences mobilisées et les objectifs à atteindre, tout d’abord quand l’enseignant construit sa séance (elles sont donc des objectifs explicites pour lui), puis auprès des élèves.
- Structurer ces séances avec des supports clairs, formels, reliés à chacune des CPS identifiées.
- Mettre en place une pédagogie spécifique, essentiellement expériencielle, plutôt que « descendante ». Par exemple on peut utiliser des supports comme des jeux de rôles, des mises en situation… et des pratiques vécues, notamment celles du numérique.
- Placer ces séances dans un contexte favorable (qui re-mobilise et transpose les compétences travaillées dans d’autres situations). C’est-à-dire y associer des activités informelles au quotidien, dans un environnement éducatif soutenant, en cohérence avec cet apprentissage formel.
- Incarner en tant qu’adultes ces compétences. Cela peut également signifier que l’on est soi-même, en tant qu’adulte, toujours en cours d’acquisition (par exemple dans sa gestion du stress…).
- Inscrire l’apprentissage dans la durée et dans un continuum cohérent.

Les Podcasts de Delphine
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Rencontre avec Jean-Christophe Azorin en trois épisodes

Jean-Christophe Azorin a été professeur dans le premier degré, formateur et conseiller pédagogique en éducation aux médias et à l’éducation à la santé. Il est professeur associé à l’université de Montpellier et à l’Université de Paris Saclay, ancien rédacteur en chef de la revue « Santé scolaire et universitaire » (membre de son comité de rédaction), membre du comité de rédaction de la revue « La santé en action », fondateur de Participe Santé , structure de conseil sur la promotion santé.
Intégrer les compétences psychosociales en classe : quels obstacles pour les enseignants et comment les surmonter ?
Favoriser l’implication de tous : des acteurs scolaires ou extra-scolaires jusqu’aux élèves.
La question de l’évaluation des CPS. Quelques pistes favorables à la prise en compte des CPS.
Rencontre avec Didier Jourdan en trois épisodes

Didier Jourdan est enseignant-chercheur à l’université Clermont Auvergne, spécialisé dans toutes les questions d’éducation et de promotion de la santé. Il a en charge ces questions au sein de la Chaire UNESCO « EducationS & Santé » et du Centre Collaborateur OMS « pour la recherche en éducation et santé ». Chercheur au laboratoire ACTé de Clermont-Ferrand.
Les enjeux de l’intégration des CPS et de l’EMI dans les missions de l’école. Quelle place pour la communauté éducative ? Quelles sont les spécificités des CPS par rapport aux autres éducations à ? et finalement comment l’articuler avec l’EMI ?
Pour soutenir les enseignants : s’appuyer sur d’autres partenaires, construire un cursus à l’échelle de l’ensemble de l’établissement, en s’appuyant sur les parcours, partager responsabilité individuelle et collective.
Les évolutions de la pratique enseignante : de la transmission aux compétences, la place de la formation.
Rencontre avec Carine Simar en trois épisodes

Carine Simar est maîtresse de conférences à l’Université Clermont Auvergne et membre du laboratoire ACTé. Elle mène des recherches et publie sur les liens entre éducation, santé et apprentissages, notamment sur le développement des compétences psychosociales et sur la promotion de la santé en milieu scolaire. Elle a notamment participé à la rédaction du Référentiel opérationnel à destination des professionnels experts et formateurs CPE. Tome II (2026)
Comment tenir compte des CPS dans la construction et le déroulement des seances pédagogiques, notamment en lien avec l’EMI.Quels sont les apports du Référentiel des CPS ?
Comment l’ EMI peut-elle renforcer les CPS, et lesquelles plus spécifiquement ?
Comment associer Éducation à la santé et EMI ? Comment évaluer les cps ?

Les Podcasts de Flo
Le point de vue de Gilles Lipotvesky

Le philosophe et sociologue, Gilles Lipovetsky, est auteur de nombreux essais sur les sociétés modernes. Il resitue l’esprit critique sur le temps long de l’aventure humaine, aborde les défis qui sont ceux de notre société du numérique et propose des pistes de réflexion pour les enseignants afin d’éduquer les jeunes à développer leur esprit critique.

Explorons trois thématiques, de l’esprit critique aux émotions.

Exercer son esprit critique par le débat
En permettant aux élèves de reconnaître ce qu’est une information fiable, l’EMI lutte contre la désinformation, introduite dans le Code de l’éducation sous le terme « manipulation de l’information».
L’éducation à l’esprit critique prend une place importante dans les programmes.
Parmi les questions travaillées en EMI, on peut citer :
- Comprendre ce qu’est une rumeur. Comment se met-elle en place ? Comment se propage-t-elle ? Comment la déjouer ? Quelle est la part de la responsabilité individuelle dans sa propagation ?
- Comprendre comment on peut faire mentir une image (montage, images sorties de leur contexte, recadrage, falsification des données produites IA) ?
- Reconnaître un message complotiste par sa rhétorique (absence de hasard, mélange entre vraies et fausses informations, manichéisme, faits invérifiables).
- Comprendre les mécanismes de la désinformation scientifique (distinguer science et croyance, fait et interprétation).

En pratique : Le World café de Karine (cycle 3)
Image par Mikhail Nilov de Pexels
Cliquez sur l’image ci-dessous pour voir l’expérimentation d’un débat, en école primaire. Mené sous forme de World Café, il permet aux élèves de se questionner sur des sujets de désinformation scientifique.

Les Podcasts de Flo
Le point de vue de Gilles Lapovetsky
Au collège et au lycée
Au lycée (classe de Tle)
Esprit critique et IA
De plus en plus de chatbots d’apprentissage sont conçus pour répondre aux questions des élèves et leur fournir des réponses personnalisées. Les scientifiques étudient les impacts de ces usages sur l’autonomie des élèves (la dépendance créée par l’usage non réfléchi, non critique de l’IA générative) et sur l’IA-anxiété. Mais ils questionnent aussi l’évaluation qu’on fait de ces pratiques (qu’est-ce qu’on évalue dans leur démarche de recherche ?) et donc la qualité de la construction de l’apprentissage. Les scénarios pédagogiques ont tout intérêt à se centrer sur des activités où les élèves cherchent à développer une pensée réfléchie de leurs usages :
- repérer les biais
- confronter les sources
- justifier leurs techniques d’interrogation des IA
L’objectif est que les élèves passent d’un risque de dépendance à une prise de recul, tant dans le doute méthodique que dans l’argumentation. La question que l’enseignant pose aux élèves n’est plus seulement : quel est le résultat de tes recherches ? Mais d’où vient la réponse que tu me donnes, comment l’as-tu cherchée, comment a-t-elle été produite ? Te l’es-tu appropriée ? Il s’agit donc de mettre en jeu la méta-cognition.
Il n’est pas possible de proposer des méthodes toutes faites, car ces habilités se construisent en fonction de chaque contexte : individuel, social, disciplinaire. Nous vous proposons donc ici quelques exemples, pour nourrir votre réflexion :
- Travailler cet usage critique des IA de manière explicite, par exemple en comparant des IA pour le même travail de recherche.
- Bien réfléchir à la rédaction de son prompt.
- S’interroger sur les critères d’évaluation de l’enseignant lui-même (il ne s’agit plus de faire produire par l’IA mais d’utiliser l’IA pour réfléchir aux critères de réussite de la production attendue).
Émotions et EMI
IA conversationnelle et émotions
Après s’être approprié les IA pour des usages scolaires, les élèves les ont intégré dans leur vie personnelle, jusqu’à utiliser les IA conversationnelles comme interlocuteur intime. 48 % pour parler de sujets personnels, 33 % dans un rôle de psy (46 % chez les jeunes souffrant d’anxiété). Le recours à l’IA conversationnelle comme outil d’aide supplémentaire après le recours aux proches est en pleine expansion (69 % des jeunes leur accordent du crédit comme source de conseils ; 56 % considèrent que l’IA gardera leurs confidences secrètes). La fonction qu’on accorde à l’IA est celle d’un interlocuteur accessible, disponible à volonté, accueillant les confidences et les pensées sans jugement de valeur. En France, plus d’un jeune sur quatre est considéré comme susceptible de présenter un trouble anxieux généralisé. Pourtant la compréhension des enjeux est lacunaire. (32 % des jeunes considèrent savoir comment sont traitées les données qu’ils confient à l’IA). Cela génère une sensation d’insécurité : 34 % des jeunes ayant utilisé une IA pour des sujets personnels ont perçu une sensation de malaise à la suite d’un conseil reçu. 85 % sont demandeurs de plus d’informations sur les risques et les bonnes pratiques.
« Les IA conversationnelles collectent des données personnelles, parfois sensibles, sans que nous en ayons toujours conscience. Il est urgent d’expliquer aux jeunes comment ces systèmes fonctionnent, quelles traces ils laissent, et quels sont leurs droits. La transparence est indispensable pour leur permettre de faire des choix éclairés et de garder à l’esprit que les systèmes d’IA ne sont que des outils : des machines et non des humains.«
– Marie-Laure DENIS, présidente de la CNIL

En pratique : L’information et le cadrage émotionnel (cycle Tle)
Une séance clé en main pour travailler avec des élèves des notions telles que le cadrage émotionnel ou les principales caractéristiques des médias sur les réseaux sociaux. Cette séance peut s’inscrire dans différents points de programme mais trouvera une place particulière auprès des élèves de seconde en EMC.

Regards croisés entre Gilles Lipovetsky et une classe de sixième
La partie qui suit regroupe notamment des capsules très vivantes, riches en échanges fructueux, profonds et touchants. Idéales pour nourrir un travail de la maternelle au lycée sur CPS-EMI. Quelques pépites ! Les élèves de sixième restituent dans ces capsules leur travail de réflexion : recherches, exposés oral, échanges et débats. Ils enregistrent leurs voix et font le montage par eux-mêmes sur leurs tablettes avec IMovie ou Garage Band.
Ces élèves de sixième fourmillent d’idées et débattent sur l’IA, les émotions, le respect, l’importance du langage, l’esprit critique… en regard croisé avec l’aimable participation de Gilles Lipovetsky.
