Cette expression se retrouve de plus en plus au cœur de l’actualité. Dans le cadre d’un projet d’études en Éducation aux Médias et à l’Information, notre équipe EMI-SPHÈRE composée de professeures et journaliste vous éclaire sur sa définition, ses acteurs, ses défis, son évolution et sur les solutions existantes pour s’en prémunir.
EMI-SPHÈRE : Frédérique Albert, Joanna Baste, Julien Diez et Marie Guyot
Surcharge informationnelle : une ou des définitions ?
La surcharge informationnelle n’est pas une notion récente. À chaque nouvelle révolution dans la transmission de l’information, le sujet devient une préoccupation qui ravive les controverses. Mais cela ne doit pas faire oublier les spécificités de chacune d’entre elles. Les nouvelles technologies, avec notamment l’insertion de l’IA dans les écosystèmes communicationnels, permettent une diffusion massive et mondialisée des informations. Cet afflux permanent est tel qu’il ne s’analyse plus seulement dans le domaine des Sciences de l’Information et de la Communication, mais également dans d’autres champs scientifiques. Pour appréhender le sujet, il est désormais nécessaire de croiser les regards des spécialistes du marketing, de la psychologie, des neurosciences et de l’agnotologie pour n’en citer que les principaux.

L’un des premiers à avoir appréhendé la surcharge informationnelle est Alvin Toffler. Ce sociologue et futurologue projette en celle-ci la cause d’une « désorientation destructrice » qui conduit à un choc : celui d’un individu face à un futur surindustrialisé où tout est jetable. Plus tard, Eric Sutter, à la suite de Joël de Rosnay et Victor Montviloff, explique le phénomène par l’expression « info-pollution », qui fait écho à celle d’« infobésité » particulièrement popularisée. Il en caractérise quatre catégories marquant différents niveaux et aspects combinés de la surcharge sur les personnes exposées : la surabondance, la désinformation, la prolifération d’informations indésirables, mais aussi les abus ou du moins des effets pervers dans les usages publicitaires. C’est dire que la surcharge informationnelle agit sur notre perception de l’information : perdue dans le bruit informationnel, il devient difficile de la sérier, de la choisir et de la critiquer. C’est ce que confirment deux chercheurs de l’université de Toulouse, Gilles Sahut et Mylène Costes, lors d’un entretien réalisé dans le cadre de conférences à l’ENSSIB de Lyon le 3 juin 2026 (voir ci-dessous).
« Cette perception d’un excès d’informations va à l’encontre des limites biologiques de l’espère humaine. » Gilles Sahut, maître de conférence en Sciences de l’Information et de la Communication, université de Toulouse Jean-Jaurès
Shoshana Zuboff invite même à considérer la perte d’autonomie que cela peut provoquer. La rapidité avec laquelle la surcharge se met en place, grâce aux réseaux et aux sélections des algorithmes, empêche d’avoir un temps suffisant pour traiter et gérer le flux. Ces nouvelles manières de communiquer ont aussi un autre effet : elles donnent de moins en moins de place aux médiateurs de l’information, comme l’expliquent Alexandre Serres et Claude Baltz dans leurs travaux. Il y a une tendance à placer au même niveau toutes les informations, quelle qu’en soit la qualité. La parole de ceux qui aident à faire le tri, comme les bibliothécaires, les journalistes ou les documentalistes par exemple, se fait de moins en moins entendre. L’un des besoins est donc de développer et d’entretenir les capacités à se repérer dans ce brouillard ou, comme l’indique David Shenk, ce « data smog ». Pour la Française Caroline Sauvajol-Rialland, c’est plutôt l’image du labyrinthe documentaire toujours plus spécialisé dans lequel on s’engouffre qui est mise en avant. Cela correspond au concept japonais de l’hikikomori du savoir.
Quelques dates clés + un jeu !
La surcharge est également une stratégie mais avec des limites. En finançant une multitude d’études scientifiques parfois contradictoires, l’industrie du tabac, par exemple, a utilisé la surcharge informationnelle pendant des années pour atténuer sa responsabilité dans la dangerosité de ses produits sur la santé des consommateurs. Une tactique de désinformation qui finit toutefois par butter, à terme, sur la réglementation publique. On observe un écueil similaire dans un autre domaine. Théorisé par Patrick McGinnis, le Fear of missing out (la peur de manquer quelque chose) est utilisé pour pousser à l’engagement continu. Cette sursollicitation permanente finit par créer une lassitude et une fatigue chez le consommateur.
« S’habituer ? La question de l’accumulation est fausse parce qu’on perd en qualité et cela se révèle contre-productif. Il faut trouver une stratégie pour se protéger quand on entre en surcharge. » Mylène Costes, professeure en Sciences de l’Information et de la Communication, université de Toulouse Jean-Jaurès
Face à l’infobésité, maîtriser l’esprit critique, diversifier ses sources et pratiquer le « jeûne médiatique » (déconnexion) aident à garder la bonne distance. Au-delà du bien-être cognitif et émotionnel de chaque individu, la surcharge informationnelle menace directement nos sociétés démocratiques en altérant notre capacité à faire des choix libres et éclairés. C’est donc un véritable enjeu de développer une culture informationnelle notamment en EMI. Cela sert par exemple de bouclier aux risques psychosociaux que Saadi Lahlou observe chez les employés de bureau qui sont l’une des catégories les plus exposées. Néanmoins, il est nécessaire d’avoir une vigilance auprès des publics plus jeunes. Pour capter notre attention, les algorithmes de plateformes comme TikTok mettent en avant les contenus les plus sensationnels, au détriment de la qualité et de la diversité. Les jeunes usagers se retrouvent massivement exposés à des contenus discriminatoires, sexistes ou violents, perturbant leur capacité à s’informer correctement à un âge où leur cerveau est en plein développement.
Carte mentale des acteurs de la surcharge informationnelle
Focus sur les enjeux en question
Les enjeux affectifs et cognitifs
La surcharge informationnelle va avoir des impacts sur notre personne d’un point de vue cognitif et affectif, détournant nos choix sereins. Nous vous proposons un détour par la psychologie cognitive pour décrypter ce fonctionnement.

Du point de vue des sciences cognitives, la surcharge informationnelle est à mettre en rapport avec la surcharge cognitive. Si l’attention est dispersée ou particulièrement sollicitée, comme dans le cas de la surcharge informationnelle, le temps de focalisation n’est pas suffisamment long pour que l’information soit traitée avec qualité par la mémoire de travail. C’est l’un des effets de cette situation de sursollicitation cognitive, qui va demander à notre attention d’être sur plusieurs éléments à la fois et empêcher une rétention qualitative des informations perçues. Le « bombardement » que crée la surcharge informationnelle peut également engendrer de l’oubli dans la gestion quantitative des informations gérées par la mémoire de travail. Dans cette situation précise, le cerveau devra faire des choix, en privilégiant le moins coûteux en termes d’énergie cognitive.
À proprement parler, il s’agit de délaisser des opérations comme l’analyse, qui va demander un effort supplémentaire par rapport à une tâche que l’on aura déjà répétée plusieurs fois et qui peut être mise en œuvre avec un certain degré d’automatisme. En outre, le principe de neuroplasticité, découvert par les neuroscientifiques et particulièrement explicité par Steve Masson (« Activer ses neurones pour mieux apprendre et enseigner », 2020, Editions Odile et Jacob), laisse envisager un autre effet de la surcharge informationnelle. Lorsque nous apprenons de nouvelles choses, des neurones s’activent et se constituent en réseau, pour expliquer cela simplement. Quel que soit le degré de justesse de l’information renouvelée, elle se renforcera pour celui qui la réactivera. Cela ouvre la voie pour que des idées parfois fausses résistent chez des personnes qui auront, par la surcharge, réactivé un grand nombre de fois l’information ciblée.
L’abondance d’informations consume l’attention de ses destinataires. Ainsi, elle crée une pauvreté d’attention et la nécessité de répartir efficacement cette attention parmi la surabondance de sources d’information qui pourraient la consumer, L.E. Parra-Medina, F.J. Álvarez-Cervera-
Face à la surcharge informationnelle, il est alors nécessaire de nourrir certaines attitudes : essayer de ne pas surcharger sa mémoire de travail, ajuster son attention en évitant la multiplication des points de focalisation, prendre conscience du principe de neuroplasticité, et vérifier les informations pour éviter de renforcer des erreurs lorsqu’elles sont répétitives. Cependant, ces premières pistes méritent d’être complétées. En effet, il convient d’enrichir les stratégies personnelles de gestion de l’afflux d’informations par une considération de la dimension émotionnelle de la surcharge, qui peut orienter nos prises de décision et, par ce biais, notre activité cognitive.
Anxiété, stress, sentiment d’urgence permanente, épuisement émotionnel, perte de motivation, manque d’enthousiasme, lassitude, estime de soi altérée, perte de contrôle sont autant de marqueurs qui peuvent alerter dans une situation de surcharge informationnelle, même si, d’un individu à un autre, d’un âge à un autre, les signaux se manifesteront à des degrés différents. Une étude réalisée par l’IMSIC explique un autre phénomène dans la tentative d’endiguer ce problème. Dans la recherche d’une manière de réguler ces émotions dites « négatives », certains individus se tournent vers un « refuge numérique » (comme les réseaux sociaux) qu’ils utilisent de manière subjective comme un espace de détente, d’évasion et de régulation émotionnelle.
Cependant, paradoxalement, cette dépendance (ou cyberdépendance) aux écrans agit comme une drogue qui renforce l’anxiété lorsque la personne est déconnectée, l’enfermant dans une spirale où l’outil censé rassurer devient lui-même la source du mal-être. Ainsi, prendre conscience des mécanismes émotionnels induits par la surcharge est une manière de prendre de la distance. Il serait alors bien avisé de comprendre les émotions, leurs significations dans notre manière de nous adapter à notre environnement, et d’y être attentif pour pouvoir observer comment elles peuvent avoir un impact sur nos prises de décision, afin de réaliser le choix qui s’impose en pleine connaissance de cause. Encore une fois, la distance critique et l’exercice de la réflexion sont des atouts pour pouvoir borner son action.
Les enjeux économiques
La surcharge informationnelle soulève d’importants enjeux économiques car elle s’inscrit dans ce que les chercheurs appellent l’« économie de l’attention » (GAULT Guénaëlle, MEDIONI David. « Quand l’info épuise : le syndrome de fatigue informationnelle. » Editions de l’Aube, et Fondation Jean Jaurès. 2023). Dans un contexte où les contenus numériques sont produits en abondance, l’information n’est plus la ressource rare : c’est désormais l’attention des individus qui devient précieuse. Comme l’explique Yves Citton, professeur de littérature et média, nous assistons à un « renversement économique » : alors qu’autrefois l’enjeu était de produire davantage, il s’agit aujourd’hui de capter l’attention d’un public saturé d’informations.
Un premier enjeu économique réside dans la marchandisation de l’attention. Ainsi, l’économie de l’attention est un modèle économique qui consiste à capter notre attention et à la maintenir engagée. Norchène Ben Dahmane Mouelhi, professeure en marketing à l’ESCE Business School, qualifie cette captation de l’attention de « guerre de l’attention ».
Contrairement à un film, un réseau social n’a pas de début et de fin. Le symbole de l’infini du logo de Meta illustre bien cette idée. Vous y entrez mais vous ne savez pas à quel moment vous allez en sortir. » N. Ben Dahmane Mouelhi, professeure en marketing à l’ESCE Business School, consultante et formatrice.
Les médias, en particulier les réseaux sociaux, et les annonceurs se disputent le temps disponible des utilisateurs, car celui-ci génère des revenus publicitaires. L’attention devient ainsi une marchandise qui peut être achetée et vendue. Les algorithmes utilisés par les plateformes numériques se nourrissent de la stratégie marketing en mettant en avant une segmentation très fine pour atteindre le cœur de la cible. Ils enferment les usagers dans des bulles de filtre et permettent à de multiples biais cognitifs d’altérer leur jugement quand ils s’informent.
Servane Mouton, neurologue, définit les réseaux sociaux de cette façon : « Ce ne sont pas des réseaux sociaux, ce sont des plateformes de captation des données à des fins de monétisation pour optimiser les revenus publicitaires. Leur but n’est pas de nous mettre en lien, de nous permettre de nous informer correctement et de nous permettre de partager des connaissances en réalité. Le but c’est de faire de l’argent. »

Un deuxième enjeu concerne l’exploitation des données personnelles. Yves Citton évoque l’apparition d’un « troisième marché » fondé sur les « traces attentionnelles » (GAULT Guénaëlle, MEDIONI David. « Quand l’info épuise : le syndrome de fatigue informationnelle. » Editions de l’Aube, et Fondation Jean Jaurès. 2023.), c’est-à-dire les informations laissées par les internautes lors de leur navigation. Chaque clic, chaque recherche ou chaque visionnage devient une donnée monétisable. Les grandes plateformes exploitent ces données pour mieux comprendre leurs comportements et leurs centres d’intérêt. Ces informations permettent de proposer des publicités ciblées, plus efficaces et donc plus rentables pour les annonceurs. Face à l’abondance de contenus disponibles, les plateformes utilisent les données collectées pour personnaliser les flux d’information et retenir l’attention des utilisateurs le plus longtemps possible. Plus les individus restent connectés, plus ils génèrent de traces numériques et plus les entreprises disposent de données exploitables.

Enfin, cette concurrence pour l’attention peut avoir des effets négatifs sur la qualité de l’information. Pour attirer un public toujours plus sollicité, certains médias privilégient les contenus sensationnalistes ou émotionnels plutôt que les analyses approfondies. L’objectif est de susciter des réactions rapides en mobilisant les émotions et les biais cognitifs plutôt que la réflexion critique (BUSQUET Patrick, POURQUERY Didier. « S’informer moins, s’informer mieux : petit manuel de lutte pour ne plus subir l’actualité« . Librio. 2024. p.23).
Ainsi, la surcharge informationnelle ne constitue pas seulement un problème de quantité d’informations. Elle est au cœur d’un modèle économique où l’attention humaine devient une ressource stratégique, source de profits mais aussi de dérives pour les médias, les plateformes et les citoyens.
Face à ces enjeux, quelles sont les solutions à adopter ?
Face à la surcharge informationnelle, les solutions reposent sur une combinaison d’actions individuelles, éducatives et économiques. Il s’agit non seulement de mieux protéger les utilisateurs, mais aussi de repenser un modèle économique qui transforme l’attention humaine et les données personnelles en marchandises.
Au niveau individuel d’abord, il est essentiel d’éduquer les utilisateurs à mieux comprendre les biais cognitifs et le fonctionnement de leur attention. Puisque les plateformes utilisent des stratégies de captation de l’attention, les citoyens doivent apprendre à comprendre le fonctionnement des algorithmes.
Au niveau éducatif, il est crucial de former les enfants dès leur jeune âge à l’utilisation des interfaces numériques, mais aussi à protéger leurs données personnelles.
Enfin, une régulation plus stricte des plateformes numériques limiterait les dérives de l’économie de l’attention. Les pouvoirs publics peuvent imposer davantage de transparence sur le fonctionnement des algorithmes et sur l’utilisation des données personnelles.
Les enjeux médiatiques
Des livres aux médias de masse
La surcharge informationnelle est souvent corrélée à l’ère du numérique et l’explosion des médias sociaux or l’abondance de connaissances relève d’une problématique déjà soulevée depuis l’antiquité avec la multiplication des écrits et des livres. L’invention de l’imprimerie (Gutenberg, 1450) va accélérer le mouvement et l’écrivain Robert Burton prédit déjà un vaste chaos dès le XVIIe siècle : « ils nous oppriment. » Dans les années 1960, les Sciences de l’Information et de la Communication s’emparent de la question et le chercheur Derck de Solla Price (« Little science Big Science », 1963) parle de la multiplicité des livres comme une maladie de son époque.

Cette surcharge informationnelle a pris un tournant décisif avec l’avènement des médias de masse à la fin du XIXe siècle. Comme le rappelle Christophe Verneuil dans son ouvrage sur l’Histoire des médias (éditions Ellipses), la presse est métamorphosée par les techniques de fabrication, la révolution des communications, les transports et la vente au numéro. Dans un article publié dans La revue des Médias INA en 2016, Christian Delporte évoque ce bouleversement autour de la « Nouvelle » dès la fin du XIXe siècle, qui définit la substance de l’information (articles raccourcis) et la soif d’instantanéité des publications (notion de temporalité).
« Nous sommes comme aveuglés par un nuage informationnel« , Edgar Morin, 1981
La déferlante d’informations s’intensifie à l’après-guerre avec la naissance d’autres médias de masses comme la radio puis la télévision. La compétition que se livrent les médias conduit à la création de programmes focalisés sur l’information en continu dès les années 80 en radio, comme le rappelle Thibaut le Hegarat dans son Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe. Le bouleversement médiatique et la production d’informations sont tels que le sociologue Edgar Morin parle de « nuage informationnel » dès 1981.
L’ère numérique et la fatigue informationnelle
Avec l’avènement du web à la fin du XXe siècle puis des médias sociaux au début des années 2000, la surcharge informationnelle s’emballe à une vitesse inédite et incontrôlable. Le succès des réseaux sociaux, dont Facebook qui fait office de pionnier en 2004, ajoute un filtre inattendu aux lourdes conséquences cognitives : une bulle informationnelle générée par de mystérieux algorithmes visant à capter l’attention de chacun et à rendre accro. Cette source de cognitions erronées pousse l’utilisateur vers une consommation d’informations encore plus compulsive selon une étude menée par des professeurs universitaires en management en 2016 (Kefi/Mlaiki/Kalika).

En 2019, Shoshana Zuboff – professeure à Harvard – constate que la capture de l’attention des utilisateurs permet de vendre des espaces publicitaires ultra-ciblés. Elle parle de « capitalisme de surveillance ». Il résulte de cette surcharge numérique une colossale confusion dans la tête des utilisateurs à l’égard des médias et une perte de confiance envers les plus traditionnels, comme le prouve diverses études en France.
Nous sommes dans une société de l’information dans laquelle la ressource la plus rare est notre attention, Gwenaëlle Gault, directrice générale de l’ObSoCo
Selon La Croix, fin 2025, 61 % des Français seraient méfiant à l’égard des médias sur les grands sujets d’actualité. Plus inquiétant, près de la moitié des Français souffre de fatigue informationnelle. La Fondation Jean-Jaurès avait déjà indiqué cette tendance fin 2024 avec 54 % des Français qui souffrent de cette fatigue. Parmi les principaux profils dégagés par cette étude, on trouve les submergés, puis les détachés et les défiants. Le sentiment de découragement face à l’actualité les gagne (57 % d’entre eux) et l’attrait pour les formats courts n’a fait qu’accroître cette surcharge. La temporalité joue un rôle essentiel dans l’acquisition des connaissances et des études américaines pointes les dangers du scroll et de la lecture accélérée sur le cerveau… Notamment auprès des jeunes qui souffrent qui plus est d’une surcharge venant des espaces numériques liés à leur scolarité. Cela engendre de la cyberviolence pour le tiers d’entre eux.

Les solutions médiatiques
Pour lutter contre cette fatigue informationnelle, les Français mettent en place principalement deux stratégies selon la Fondation Jean Jaurès : la désactivation des notifications sur smartphone et la surveillance de temps d’écran. Il existe d’autres échappatoires comme le précise Laurie Henry en 2026, à commencer par la lecture profonde : « Cela désigne un mode d’engagement intellectuel soutenu face à un texte complexe. » La neuroscientifique Maryanne Wolf évoque déjà le mouvement de la « slow literacy » en 2008 (« Proust and the squid : the story and science of the Reading brain« ), où le livre serait l’antidote absolu à la surcharge numérique. Au-delà de la nécessité d’une éducation aux médias et à l’information tout au long de la scolarité (voir digipad sur les pistes pédagogiques) et d’une régulation des plateformes digitales (voir enjeux démocratiques ci-dessous), la lutte contre cette surcharge passe donc par des réflexes à acquérir : un temps de lecture quotidien au calme, la diminution du temps d’écran, le tri dans les notifications reçues, la proscription de la lecture accélérée… Il faut également apprendre à établir une veille médiatique non anxiogène en consultant par exemple Brief.me, Le média positif ou en se tournant vers le journalisme de solution visant à régler un problème de société.

Au fond, pourrait-on se servir d’un outil très en vogue pour diminuer cette surcharge : L’intelligence artificielle générative ? Évidemment, selon les dirigeants de la « tech » tel Eric Vaillancourt à la tête de Talsom, spécialisée en IA, qui avance sa capacité de filtrage, de personnalisation, d’automatisme des tâches et d’évaluation de l’information. À l’opposé, Julien Falgas, maître de conférence en Science de l’Information et de la Communication à l’université de Lorraine, rétorque que c’est impossible puisque les IA ont pour but de filtrer, à l’image des algorithmes. « Les sources d’info se tarissent car beaucoup de contenus sont là pour créer de l’influence amplifiée par intelligence artificielle. »
« Les sources d’info se tarissent car beaucoup de contenus sont là pour créer de l’influence amplifiée par intelligence artificielle« , Julien Falgas, maître de conférence en Science de l’Information et de la Communication à l’université de Lorraine et créateur de Needle.social
Pour faire face à cette anxiété vis-à-vis des écosystèmes de l’information, Julien Falgas a lancé son propre média social : Needle.social qui ne possède pas d’algorithme et propose d’entrer en relation avec des personnes qui ont le même centre d’intérêt au travers d’un croisement de fils d’actualité. Un autre français veut également ajouter de l’éthique aux médias sociaux : Clément Etoré, ingénieur spécialisé dans les sciences cognitives et l’intelligence artificielle, et fondateur de Bulle Média ouvert seulement aux professionnels de l’information. Contrairement à Needle, Bulle utilise des algorithmes disponibles en ligne et désactivables par les utilisateurs. Ce type de média social intermédiaire pourrait représenter une voie de secours, à condition qu’il trouve un modèle économique viable.
« Les GAFAM ont poussé à l’extrême le modèle de l’attention pour faire de superprofits. On pense que l’on peut avoir un système économique viable avec une attention de l’utilisateur respectée« , Clément Étoré, ingénieur spécialisé dans les sciences cognitives et l’intelligence artificielle, et fondateur de Bulle Média
Les enjeux démocratiques
La surcharge individuelle
La surcharge informationnelle, à l’échelle de l’individu, empêche le cerveau de traiter l’information afin d’en évaluer sa qualité, sa pertinence, et l’intérêt de sa mémorisation à court ou à long terme. L’époque actuelle fait pourtant de la surcharge informationnelle un enjeu économique comme cela a été démontré plus haut. Tout cet écosystème participe à la possibilité d’accès à l’information mais aussi à l’exposition involontaire ou passive à cette information.

La surcharge collective
À l’échelle de la société, cette surexposition continue dans un flux non discriminé (ou discriminable) empêche le recul indispensable à la réflexion. L’énergie nécessaire pour stopper ce flux algorithmique ne peut pas être systématiquement déployée lorsqu’une information (politique, sociétale, économique) mérite une mise en perspective, un questionnement. Pourtant, pour faire société il faut pouvoir questionner son point de vue, l’argumenter, entendre, comprendre et interroger ceux des autres, être en capacité d’empathie mais aussi de contradiction. Bref, faire preuve d’esprit critique pour maintenir un état démocratique. Le contexte actuel, de surcharge informationnelle, donne peu de place à cet espace de réflexion.
Les risques pour la démocratie
Par ailleurs, ce contexte, poussé à l’extrême, produit notamment deux effets opposés mais tout aussi important à l’échelle démocratique.
Le FOMO (Fear Of Missing Out), popularisé par un étudiant d’Harvard P.J. McGinnis, décrit l’inquiétude ressentie lorsque notre accès à l’information est restreint ou inexistant. Ce syndrome proche d’un état maladif de dépendance, entraîne l’usager à s’hyperconnecter tout en étant absolument épuisé par cette hyperconnexion. Il en résulte une incapacité à traiter convenablement les informations (fiabilité, pertinence, importance, qualité). L’usager devient un citoyen mal informé.

A l’opposé du FOMO, la surcharge informationnelle peut entraîner l’usager à se déconnecter partiellement ou totalement du monde informationnel comme le documente l’enquête de l’institut Jean Jaurès sur la fatigue informationnelle. L’usager trouve du repos à cette fatigue informationnelle (polarisation des points de vue, manque de qualité de l’information, impact sur le moral et l’humeur) dans la déconnexion. Mais il devient également un citoyen mal informé.
Dans les deux cas, ces deux citoyens sont partiellement ou totalement empêchés d’exercer leur liberté démocratique. Un citoyen doit être capable d’interroger la fiabilité d’une information sans éprouver un sentiment de méfiance permanent (cf. le point sur la confiance des français dans les médias), il doit également pouvoir être exposé à différents points de vue tout en restant capable de les comprendre, de les mettre en perspective et pas systématiquement de les opposer ou les rejeter. Pour cela il faut que ses capacités cognitives le permettent mais il faut également que les contenus proposés y soient propices. Et nous avons pu voir à travers les enjeux économiques et médiatiques de la surcharge qu’il n’est pas dans l’intérêt des médias et des plateformes de proposer des contenus propices à la réflexion. De fait, ils sont moins rentables car ils ne provoquent pas un engagement (émotionnel notamment) immédiat.

Un autre risque majeur, notamment en période électorale, vient des ingérences étrangères. Profitant du contexte de surcharge informationnelle, certains pays produisent un écosystème de désinformation (sites miroirs, blanchiment de fausses informations, instrumentalisation des sujets clivants…). Leur intérêt est de déstabiliser la démocratie ciblée. Ils prennent appui sur toutes les possibilités d’accès à l’information dans un pays en utilisant la méthode du millefeuille argumentatif, concept étudié par Gérald Bronner dans La démocratie des crédules. L’intérêt du pays auteur de l’ingérence n’est pas de faire croire à toutes les informations, mésinformations, malinformations, infox diffusées. Il est d’inonder l’espace médiatique pour compliquer l’accès à une information de qualité, fatiguer l’usager dans sa démarche informationnelle et alimenter sa méfiance envers les contenus informationnels.
Les solutions institutionnelles
Pour faire face à cet enjeu démocratique, notons quelques réponses institutionnelles importantes et étroitement liées :
- L’éducation aux médias et à l’information (EMI)
- La création du service technique et opérationnel de l’État français chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères VIGINUM
- Le Digital Services Act (DSA) européen
L’EMI, de plus en plus présent dans les programmes scolaires, dans les disciplines et dans les parcours éducatifs, permet de former les élèves, futurs citoyens, à l’usage, au décryptage et à la production d’informations responsables et éclairés.
Le service VIGINUM est l’organisme français chargé de repérer et d’analyser les ingérences numériques étrangères pour protéger le débat public.
Le DSA est un texte de loi européen, applicable depuis 2024, dont le but est notamment de protéger au mieux les citoyens de l’Union Européenne dans leur vie numérique pour garantir leurs libertés fondamentales ainsi que l’intégrité du pouvoir démocratique des pays membres face aux grandes plateformes.
Pour aller plus loin avec l’EMI
On peut voir que la surcharge informationnelle est un sujet complexe, difficilement traitable dans son intégralité tant les disciplines et les enjeux sont interdépendants les uns des autres. Et l’arrivée de l’IA dans la vie numérique de toutes et tous pose de nouveaux défis encore difficiles à quantifier à ce jour.
L’une des réponses institutionnelles est le déploiement de l’éducation aux médias et à l’information comme nous l’avons évoqué plus haut.
Pourquoi cette réponse nous paraît fondamentale ? Que nous soyons natifs de l’ère numérique ou non, que nous soyons adultes ou plus jeunes, nous sommes confrontés à cette surcharge qui répond aux nombreux enjeux que nous avons tenté d’exposer. Il paraît donc impossible de développer des stratégies sans connaissances ni sensibilisation. Et pour élaborer ces stratégies tout en développant son esprit critique, l’EMI semble être la réponse la plus adaptée et la plus complète afin de garantir à toutes et tous une base solide et commune. L’EMI repose sur l’interdisciplinarité, elle enseigne des savoirs, des savoir-être et des savoir-faire et elle s’inscrit de fait dans une actualité toujours en mouvement. C’est d’ailleurs ce qui en fait sa difficulté. Construire un enseignement se fait grâce au temps long de la recherche. Mais les questions vives posées par notre époque de surinformation nécessitent autant une réaction qu’un recul et des données. Pour aider les formateurs et formatrices en EMI, nous avons compilé des séances ou supports pédagogiques dans ce digipad.

Vous en voulez plus ?
Nous ne souhaitons pas vous surcharger d’informations à notre tour. C’est pourquoi nous vous proposons ci-dessous un recueil complet de l’ensemble de nos travaux sur la surcharge informationnelle… Bonne lecture !
